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Une jolie Histoire du Père Giuseppe d'el Orto


Noé et le sonar

On dit du temps du carême que c’est un temps pour retourner au désert, pour se recueillir. Mais nous étions loin d’imaginer cela. Ce temps de confinement forcé est dû à des circonstances extérieures à notre volonté. Comme au temps de Noé, à l’improviste, le déluge est arrivé. Dans le récit de la Bible, le déluge a une dimension universelle. Ne soyons pas alarmistes toutefois, avec cette pandémie, notre situation ressemble à celle du récit biblique. Noé dans l’arche avec sa famille et les animaux était  à la merci des événements : il est enfermé, il ne sait pas où il va, et au fond, plus que dans un bateau, il est dans un sous-marin.
Nous savons très bien que le but final décrit dans le livre de la Genèse n’est pas de détruire l’Homme et la Création, mais de lui donner une nouvelle dynamique, une nouvelle naissance.
Pour que cette situation soit pour nous tous, profitable, l’occasion d’un changement personnel et collectif, il faut essayer de revivre l’expérience de Noé. Nous aussi, nous nous trouvons confinés. Malgré les avantages que nous avons par rapport au patriarche avec des moyens de communication qui nous permettent de rester en contact les uns avec les autres, notre sensation de solitude, notre lassitude de vivre au quotidien avec les mêmes personnes, la limitation de notre espace environnant, le manque de liberté ressemblent à ce qu’a vécu Noé.
Imaginons-nous un instant être dans un sous-marin qui veut avancer dans des lieux inconnus. Comment faire ? Le sous-marin dispose d’un instrument particulier : le sonar. Le sonar fonctionne par l’envoi d’ondes qui reviennent pour repérer les obstacles à éviter. Ainsi, petit à petit, le sous-marin peut avancer vers sa destination sans encombre.
Vous me direz : le sous-marin évolue dans un environnent simple, la mer. Ses obstacles sont limités, ce sont les rochers et les gros poissons. Mais pour nous, quel peut être notre environnement ? Quels peuvent être nos obstacles ? Comment pourrait fonctionner notre sonar ? L’environnement dans lequel nous sommes immergés est notre vie, c’est notre histoire. Les obstacles que nous pouvons rencontrer, ce sont les autres. Le sonar, c’est notre mémoire. Ce temps de confinement est donc l’occasion de sonder avec notre cœur tout ce qui nous entoure. Notre cœur nous permet de regarder dans notre mémoire les choses et les autres pour tout ce qu’ils nous apportent. L’absence de camarades, l’absence de cours, de professeurs, l’absence de sport collectif nous donnent l’occasion de découvrir l’importance de l’autre, lui qui supprime l’ennui, me donne la joie de vivre et l’opportunité d’apprendre. De ce point de vue, les autres ne sont plus des obstacles, mais des balises qui peuvent me faire grandir, me guider vers ma destinée.
Toutefois il y a un sonar, une mémoire plus importante que la mienne : il s’agit de la mémoire collective. Cette mémoire collective, on la bâtit avec à la mémoire des autres. Cet isolement, en famille, est l’occasion de mieux connaitre nos parents, nos grands-parents, mieux connaitre comment eux ont vécu des moments de restriction dans leur propre vie, qu’ils soient matériels ou spirituels.
Mais ce sonar, la mémoire, resterait un instrument inefficace s’il n’émettait des ondes qui captent et filtrent ce qu’elles rencontrent. Ces ondes, pour nous, c’est l’écoute de la Parole de Dieu. En ces jours de confinement, profitons autant que possible de la lecture et du partage des textes que la liturgie quotidienne nous propose. C’est un temps précieux pour nous redécouvrir, nous retrouver.
GDO

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